Jusqu'ici relativement épargnée, la France craint de devenir à l'instar des États-Unis un pays où les obèses, de plus en plus nombreux dès l'enfance, feront partie du paysage.
Cette peur a conduit un député socialiste à déposer un projet de loi pour lutter contre cette "épidémie". Auteur d'un livre qui résume ses angoisses, Obésité, le nouveau mal français, ce parlementaire, Jean-Marie Le Guen, qui est médecin, a présenté une proposition de loi signée par plus de 80 députés socialistes pour lutter contre ce qu'il considère comme l'un des grands fléaux des années à venir. Il propose notamment la création d'un Haut comité de lutte, placé sous la
responsabilité du ministère de la Santé, et aussi d'un "Observatoire de l'épidémie d'obésité".
Les États-Unis, où 55 % des habitants souffrent de surcharge pondérale, sont bien sur le référent qui fait peur.
Mais plus généralement, le phénomène n'a cessé de s'aggraver dans le monde, au point que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu'il s'agit d'une épidémie planétaire touchant plus de 300 millions de personnes et qui va s'aggravant avec l'uniformisation des modes de vie, alimentaires notamment. Dans l'Union européenne plus de 14 millions d'enfants
souffrent de surpoids, dont au moins trois ont franchi le stade de l'obésité, selon les chiffres de la Task Force internationale sur l'obésité (OTF, basée à Londres et jouant un rôle d'alerte auprès de l'OMS).
Pour l'instant, la France compte 5,3 millions d'adultes obèses. Mais de plus en plus de spécialistes tirent la sonnette d'alarme devant le pourcentage croissant de jeunes frappés par le surpoids (20 % environ). Chez les enfants, le nombre d'obèses a doublé en dix ans, avec tous les effets collatéraux en termes de santé publique : complications respiratoires, cardiovasculaires, diabète, sans oublier les troubles psychologiques et de personnalité induits par le phénomène.
Selon M. Le Guen, l'un des effets de l'épidémie, si l'on ne parvient pas à la stopper, sera que dans les pays developpés, "l'espérance de vie moyenne va regresser ou stagner pour la première fois depuis 1450". L'obésité, estime-t-il, "est une maladie de la globalisation, liée à une baisse de l'activité physique" qui touche aussi bien pays riches que pays pauvres.
De nombreuses initiatives ont été prises pour endiguer l'épidémie. L'Éducation nationale, qui scolarise 12 millions d'élèves, est en première ligne pour le "dépistage" et l'apprentissage de bonnes pratiques alimentaires dans le cadre de cantines aux menus diététiques. Dans le même esprit, dix villes françaises, qui avaient lancé en 2004 une initiative baptisée "EPODE" (Ensemble prévenons l'obésité des enfants), viennent de dresser un premier bilan positif des actions de
prévention lancées (un millier au total), comme la découverte de légumes légers, la pratique d'activités ludiques faisant "bouger" le corps pendant les récréations, ou encore l'instigation à se rendre à pied à l'école.
AFP/VNA
( 05/04/05 ) |